Historique
Il y a déjà plus de 10 ans, à l’époque où se préparait le premier “Libres !”, j’eus un débat Internet avec un militant de la mouvance ‘Solidarité & Progrès’, parti d’un certain Jacques Cheminade, qui est régulièrement candidat à la présidentielle.
Le cœur du débat portait sur ma critique de la théorie économique, dite “économie physique” qui est celle adoptée par ce mouvement, théorie énoncée à l’origine par un certain Lyndon LaRouche — dont le livre de référence est “Now, are you ready to learn about economics?”. Cette approche de l’économie est également reprise par ‘Solidarité & Progrès’ dans un article d’introduction, largement plus accessible.
Un échange récent m’a montré que, 10+ ans plus tard, ces thèses continuent de trouver des adeptes — et de manière générale, nombreuses sont les thèses qui voient l’économie fonctionner comme une grosse machine thermodynamique, ou équivalent.
Mon propos dans cet article consiste à refaire la synthèse des erreurs fondamentales sur lesquelles toutes ces théories reposent, en expliquant rapidement pourquoi. Pour aller plus loin, je renvoie les lecteurs curieux aux livres publiés chez John Galt dans la collection “Economie”, dont mon Economie Manifeste — ou encore à la série de vidéos Au cœur de la Liberté.
L’Economie, Science Physique ?
Le point de départ de cette théorie, ce sont les similitudes dans leur fonctionnement entre le marché et ce qu’on appelle d’ordinaire “l’économie”, d’un côté, et de l’autre un processus industriel, une grande industrie. L’analogie va même jusqu’à considérer que l’énergie est le moteur de l’économie, comme elle est celui des machines industrielles.
Qui était Lyndon LaRouche ? Il fut fondateur d’un comité d’action politique créé en 2004, ainsi que des revues Fusion et Executive Intelligence Review, bien qu’il n’ait eu aucun diplôme en économie. Membre du Parti Démocrate, il se disait spécialiste de l’«économie physique» et poussait à la refonte du système financier international.
En France, c’est donc le mouvement de Jacques Cheminade — qui fut candidat à l’élection présidentielle de 1995 — dont la dénomination le marque clairement chez les socialistes, qui défend encore de nos jours ces idées “originales” en économie.
Il faut avoir en tête que ces deux personnes, LaRouche le premier, ne sont pas connues universellement pour leur pertinence économique. Non pas que l’argument ait une valeur absolue, puisque l’Ecole Autrichienne aussi souffre d’un déficit de popularité… Mais au moins, elle est assez établie pour avoir un Javier Milei qui s’en réclame…
L’Ecole Autrichienne
Face à cette lecture de l’économie, quiconque me suit sait que je m’appuie pour ma part sur l’Ecole Autrichienne d’Economie (EAE) — dont je donne une introduction dans mon Economie Manifeste. L’EAE ne suit absolument pas l’hypothèse de LaRouche reprise par Cheminade. L’EAE ne voit pas l’économie comme une machine, nous allons le développer, parce que l’EAE part de ses atomes au lieu de partir d’une analogie d’ensemble trompeuse. Ses atomes, ce sont les hommes, les individus, qui par leur action continuelle et individuelle, lui donnent vie et décident de ses fluctuations.
Machine à Vapeur
Le point de départ de nos zamis zéconomistes est en soi peu contestable — et c’est bien là son propre piège. Il est bien évident que l’intégralité des processus de production, et même de l’ensemble des échanges libres sur le marché, obéissent aux lois de la science physique : il ne s’agit absolument pas de dire que produire ou échanger se ferait au sein d’une espèce d’éther immatériel sans aucune contrainte physique. Mais à l’inverse, réduire l’économie à ces phénomènes physiques, c’est passer totalement à côté de la réalité des mécanismes strictement économiques. J’y reviendrai au point 3, qui souligne le caractère immatériel de la valeur économique.
Donc, pour LaRouche et Cheminade, on va le développer, ce qu’on appelle d’ordinaire l’économie — c’est-à-dire le Marché et l’ensemble des échanges qui s’y déroulent en continu — est parfaitement assimilable à une gigantesque machine à vapeur, une grosse locomotive digne du XIXe siècle, qui fume avec la dignité d’une Bête humaine.
Densité du Flux Energétique
Cette grosse machine à vapeur, elle serait animée par le flux de vapeur — d’énergie — qui la traverse à tout moment et qui permet de faire passer chaque acteur d’un point à un autre de la chaîne de production, puis de consommation. Le consommateur dégage de l’énergie, laquelle devient disponible pour les producteurs qui la transforment en produits, ces produits sont porteurs à leur tour de cette énergie — Lavoisier, «Rien ne se perd, tout se transforme» — ces produits sont consommés et le cycle recommence.
Cette analogie avec une grosse locomotive les conduit à avancer que ce qui est déterminant pour une société prospère, c’est de démultiplier la puissance de cette machine et les flux d’énergie qui la transversent et lui donne vie. En substance, pour que le pauvre voit son niveau de vie grimper, il faut qu’il puisse plus consommer, et cela passe par une plus grande puissance industrielle et une énergie démultipliée.
L’Homme, Ressource ou Individu ?
Revenons aux erreurs profondes de la vision “larouchienne”. Il y en a pas moins de six, les deux premières, que j’aborde ici, étant du domaine de la philosophie et de l’épistémologie.1 La première consiste à oublier l’homme au sein de leur machine.
Car en effet, si l’économie est une machine, alors les personnes qui y baignent n’en sont guère plus que des rouages à la merci des lois de la physique. LaRouche fait fi des préférences infiniment variées des hommes dans leur action économique ; pour lui, c’est sans importance, puisqu’au final, de toute manière, ils consomment et ils produisent. Donc leur contribution se limite à orienter les flux énergétiques au sein de la grosse locomotive. Il ne voit pas que c’est l’homme qui construit la locomotive par l’innovation ; il ne voit pas que c’est l’homme qui fait accélérer ou ralentir sa machine.
Cela n’est pas neutre, car l’Homme est par nature imprévisible. Avec une machine où c’est l’Homme qui oriente l’énergie, il devient impossible de prévoir où elle ira demain.
Voir l’économie comme une machine, c’est se placer au-dessus et donc au-dessus des Hommes qui pourtant l’animent. C’est croire qu’un état, supra-humain, serait capable de discerner, d’orienter et de prévoir le futur d’une économie mieux que les Hommes. On sait depuis Ludwig von Mises et Friedrich von Hayek que ce n’est pas possible.
Le Libre Arbitre
Cette première erreur prend une autre couleur, une autre facette si on la rattache au concept de libre arbitre.2 Le libre arbitre, que l’on constate et qui est incontestable, est à l’origine de deux moteurs essentiels de la “machine économique” : la valeur et la loi de l’offre et de la demande. Où serait cette loi au sein de la machine larouchienne ?
Le libre arbitre n’est pas un simple gadget philosophique. C’est le destructeur de toute théorie zéconomique dans laquelle tout peut se diriger par des calculs comptables. Chez Cheminade et LaRouche, pour accélérer la machine et accroître la prospérité P, il suffit de lui donner du charbon C en plus : tout se ramène à une formule : P = f(C).
Seulement voilà : qui sait ce qu’est la prospérité ? L’individu. Qui sait quel “charbon” correspond à son besoin et sa satisfaction ? L’individu, et lui seul. P=f(C) peut-être, mais cela n’a de sens que pour UN individu. Il n’y a pas UN P pour tout le Marché.













